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Le vrai visage de l’injustice

Comme photographe ayant passé beaucoup de temps sur le terrain pour des organisations comme l’UNICEF et le Rotary International, je connais bien l’équilibre fragile entre raconter des histoires importantes et franchir la ligne de l’exploitation. Je me souviens d’un jeune garçon prénommé Lochap, en Ouganda, qui souriait toujours, même s’il avait perdu ses deux parents et devait prendre soin seul de ses grands-mères. Pourtant, après l’avoir longuement photographié, je lui ai demandé de ne pas sourire, de peur que cela n’atténue la gravité de son histoire. Ces voyages laissent en soi une marque indélébile.

Lochap, l’un des jeunes au cœur de Karamoja Rising, dans le nord-est de l’Ouganda
Lochap, tiré de Karamoja Rising, produit pour UNICEF360°.

Cependant, en tant que professionnel, je suis conscient des questions éthiques propres à ce métier. La célèbre photographie de « La jeune fille afghane », prise par Steve McCurry et publiée dans le magazine National Geographic en 1985, qui orne encore le mur de mon bureau, en est un exemple. Aussi belle et emblématique soit-elle, cette image ne raconte pas toute l’histoire de celle qu’elle montre. La femme sur la photo, Sharbat Gula, a connu de nombreuses difficultés dans sa vie en raison de la diffusion massive de cette image. Cela met en lumière un problème plus vaste : la tendance du journalisme à ignorer les répercussions de son travail sur les personnes réelles qui se cachent derrière les histoires.

Récemment, ma fille Zoey et moi nous sommes lancés dans une démarche singulière pour dénoncer l’injustice que subissent les femmes et les filles. Notre mission était double : porter un message fort sur l’inégalité de genre et montrer comment l’IA peut faire avancer des causes sociales. L’entreprise s’est révélée plus difficile que prévu, mais nous étions déterminés à la mener à bien. Heureusement, ONU Femmes Suède a vu le potentiel de notre travail.

La campagne, produite par Idea Studio pour la Journée internationale des femmes, met en scène vingt femmes du monde entier qui affrontent leurs oppresseurs d’un regard saisissant. Si l’identité de ces femmes a été protégée à l’aide d’images générées par IA, leurs combats sont ceux d’innombrables personnes réelles confrontées à l’inégalité de genre. Chaque femme ou fille de la campagne incarne une région différente où l’inégalité de genre demeure une menace bien réelle.

Ce travail ne cherche pas à réclamer l’abandon du photojournalisme, mais plutôt à employer l’IA de façon constructive et éthique, comme un outil dans certains cas. Alors que l’inégalité de genre reste un enjeu majeur partout dans le monde, nous espérons que cette campagne suscitera de vraies discussions sur l’éthique et la sécurité des personnes que l’on photographie.

Il n’en demeure pas moins que, tant que les femmes et les filles resteront en danger, nous devrons continuer de trouver des façons nouvelles et créatives de les aider.

Cet article a d’abord été publié sur LinkedIn.